Changement de Plan.
Voilà, si je devais résumer ce voyage, je dirais ça. Changement de Plan. Planning, itinéraire, logistique...
On devait tous se retrouver a Darwin, 'mais le van ne l'entendait pas de cette oreille' (j'ai longuement hésité avec ce titre aussi), changement de plan, on se retrouvera a Katherine. Le van nécessite une semaine de convalescence, changement de plan, le voyage se fera en voiture de loc. Il n'y a plus d'oeufs en cuisine, changement de plan, pas d'oeufs bacon ce matin...
Mais tout d'abord, le casting de départ. Pauline, une amie Toulousaine venue pour un voyage de quelques semaines en Australie. Signe particulier: ne se déleste pas de ses gros atouts lorsqu'elle a le petit et qu'une chasse se profile a l'horizon. Mais elle est quand même cool. Ensuite, dans le rôle du petit copain, nous avons Cédric, venu en Australie pour un road trip de plusieurs mois. Signe particulier: le voir afficher un large sourire après un coup de fil du garagiste ne peut servir d'information quant au verdict a tomber. A savoir. Nous avons également Marie Pierre, fidèle cuisinière venue épauler Cédric dans sa quête de l'oeuf au bacon ultime. Signe particulier: membre du club très fermé des adorateurs du pied plat valgus. Et enfin, nous avons un homme, beau brun ténébreux, au torse avantageusement entretenu, la trentaine marquée par l'expérience de la vie, votre humble et dévoué serviteur. Signe particulier: des jambes de gazelles se terminant par un pied plat valgus d'exception. Très prisé dans certains cercle très fermés.
Venons en au plan de départ. J-2. Cédric et Mapie viennent d'adopter un poussin, un gros poussin d'une tonne environ à bord duquel ils sont en train d'avaler les kilomètres désertiques de l'outback Australien depuis Cairns pour nous récupérer a Darwin. 2600km. Problème, gros poussin trouve sa lumière dans l'outback, et décide de s'accorder une pause méditation à 600km de la destination finale, là ou le téléphone portable se résume plus a un concept philosophique qu'autre chose... Qu'à cela ne tienne, changement de plan, Pauline et moi découvrirons le nord Austral par bus afin de rejoindre nos joyeux compagnons.
Au programme des réjouissances, nous avons donc tout d'abord eu Katherine. 9000 habitants, 4eme plus grande ville des territoires du Nord... Oui oui... Et il y a même le téléphone, un véritable miracle technologique nous permettant de retrouver Cédric et Mapie après moult péripéties incluant une nuit passée a découvrir les rites aborigènes, un film pour adulte gratuit, et une visite guidée du commissariat de Darwin. A l'arrivée à Katherine, une question me taraude immédiatement l'esprit: mais que peuvent donc faire tous ces gens, sous cette chaleur, entourés de crocos, perdus au milieu de nul part. Puis la réponse, tranchante, indiscutable, concise: hot spring. Un petit havre de paix, un bain d'une eau limpide et cristalline entouré de végétation luxuriante, à peine quelques araignées par ci par là... et les crocos au loin, à quelques mètres. On ne peut décrire Katherine, 9000 habitants, sans évoquer également son merveilleux camping... Heu après tout, si, on peut.
Mais Katherine, c'est surtout, les hot springs, les Katherine Gorges, les hot springs, Edith Falls, et les hot springs. Un garagiste aussi, qui jugera bon de couver gros poussins pendant quelques jours, le temps de lui resserrer quelques boulons pour lui refaire une santé de fer, et le faire s'épanouir avec ses amies les 4L (oui je sais, je sais...). Du coup, changement de plan, voiture de loc, achat de matériel de camping haute qualité: un matelas (dé)gonflable, une tente avec extension Kway permettant de valider qu'en 2010 l'effet de serre est une loi physique qui a toujours lieu, et un réchaud dont on ne sait toujours pas s'il fonctionne... Bref, le top du top du matériel de survie disponible chez l'aubergiste de Katherine, 9000 habitants. Tels Rambo, munis de notre couteau suisse (1 pour 4) et de notre matelas (dé)gonflable, nous voilà parés pour attaquer le parc mythique de Kakadu!!
Kakadu. Désolé, je ne me lasse pas de ce nom. Ne me reste plus qu'a voir le lac Titicaca, et je serai un homme comblé. Tout d'abord, l'accueil de Kakadu: chaleureux. Très chaleureux. 40 degrés à l'ombre. Ici, le soleil ne tape pas, il assomme, il brule. Et il fait exploser les canettes de coca aussi. Et quel désarroi lorsque nous réalisons qu'en réalité, derrière cet aspect rude, il est en réalité une protection bienfaisante. Car le soir, alors qu'il se couche, une nouvelle hostilité bien plus démoniaque entre en scène. Le moustique...
Qu'on se mette d'accord, j'ai grandi dans le marais. Je connais ces douces soirées d'étés qui se terminent dans l'exaspération et l'hystérie totale, à grand renforts de tartes qu'on s'auto-assène violemment sur la moindre parcelle de peau non recouverte d'un tissu protecteur. Mais le marais, c'est peace and love. Ici, nous avons à faire à des formations d'attaque redoutables. Une application exemplaire de la plus ancestrale des stratégies: vagues incessantes d'attaques massives en très grand nombre. Chargez, piquez, pompez tout ce que vous pouvez, dans le lot, il y en a qui survivront. De vrais kamikazes. Chaque claque n'est que futilité devant ces escadrons de la mort. On ne peut pas lutter. Nous avons confirmation rapide que la réputation des moustiques par ici n'est pas usurpée. A se demander ce que foutent toutes ces énormes araignées tout au long de leurs journées. Heureusement que les crocodiles sont là pour réguler un peu cet écosystème. La faune de Kakadu est bien simple: quand c'est petit, ça pique, et quand c'est gros, ça mord.
Néanmoins, cela ne nous empêche pas de profiter du coin, et de découvrir la yellow river et ses occupants. Le point culminant du séjour (d'un point de vue touristique... ;-)), des paysages sublimes, la découverte de la richesse de la faune locale à base de crocos et volatiles en tous genres, épaulés d'un guide aux yeux de faucon, et un coucher de soleil extraordinaire en prime... Tout simplement Fabuleux.
Le programme du lendemain sera tout aussi chargé: conduite sur piste en 4x4 afin de rejoindre les cascades de Gunlom. Un 4x4 me direz-vous... Par quel procédé magique cet élément fait irruption dans ce récit? Et bien la aussi, changement de plan. Initialement, une randonnée de 8h était prévue sous le doux soleil protecteur de Kakadu. Mais ceci était sans compter l'intervention de XXX et XXX (remplir comme bon vous semble), un couple Suisse ayant jugé opportun de nous faire profiter gracieusement de leur 4x4 le temps d'une journée. Non, nous n'en revenions pas non plus. Et oui, dans les changements de plans, il y a de ça aussi. Une superbe journée. Termitières gigantesques, 20 km de piste pour arriver au pied d'un vaste bassin bordé d'une immense falaise. Une baignade écourtée par la formation de bulles suspectes a la surface de l'eau - une stupide association d'idées avec le panneau mettant en garde contre les crocodiles parfois présents dans cette zone. Qu'à cela ne tienne, nous gravirons cette falaise (par un chemin maman, par un chemin) afin d'atteindre une autre zone de baignade... Là encore, un petit bout de bonheur...
Enfin, la dernière journée entrera dans la légende par une glandouille intemporelle au bord de la piscine du terrain de camping (avec cascade livrée de série), histoire de se reposer un peu et de parfaire notre technique au tarot. Commençant à sentir une baisse de créativité dans nos péripéties nocturnes malencontreuses, nous profitons d'une ristourne exceptionnelle accordée par les propriétaires du camping pour quitter Cooinda, et rejoindre Jabiru le temps d'une nuit. Jabiru, 5000 habitants à tout casser, un camping tout à fait raisonnable proposant un duo de bières et pizzas des plus fameux. Malgré tout, on ne s'y attardera pas plus que ça car le lendemain, après Katherine, c'est le Batchelor qui nous attend dans le Litchfield Park.
Pour être tout a fait honnête, la toute première vue de la piscine du camping nous a incité à visiter le camping suivant... avant de revenir. Que voulez-vous, on s'embourgeoise... Mais ce camping restera finalement l'un des plus agréables. Hallucinant à quel point une absence remarquée de moustiques et de voisins pette-couilles peut rendre une vie merveilleuse. De là aussi, nous chercherons la fraîcheur aux Florence Falls, non sans avoir fait une marche encouragés par les taons, puis aux Tolmer Falls.
Le fait marquant du dernier soir sera ma terrible chute, laissant de lourde traces... A vrai dire, j'en garde toujours les séquelles, et la douleur laissée me réveille encore parfois certaines nuits.... Garde-contre chutée de juste. Avec un cavalier dans le chien. La garde-sans passait. Terrible moment...
Enfin le lendemain, retour à Darwin... Je passerai la suite sous silence si vous l'acceptez, la fin ayant ce petit goût de trop peu, cette envie d'en voir plus... Je préfère ancrer ces autres souvenirs bien profondément...
Un serpent écourtant une baignade... Les salades fraîches quotidiennes... Un magnifique « I don't think so »... Le contemplatif de Katherine... Un coucher de soleil magique depuis un plateau surplombant une plaine immense... Un centre commercial impossible à trouver... Une petite frayeur passagère d'avoir été abandonnés Marie et moi au beau milieu des taons à la tombée de la nuit... Des animaux en nombre, les kangourous évidemment, quelques dingos... les crocos... un gros poussin capricieux... et un petit renard...
Un voyage hors de contrôle, rythmé par les bons vouloir d'un poussin qui ne cessa de faire couic couic et des changements de plans en tout genre... et un avion qui décolle a l'heure...
En attendant le prochain...
beaucoup d'humour... j'adore ton recit... A quand les ecrits de mapie eu dub sur le blog ?
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